Par Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir
Il y a les sondages qui ne peuvent laisser un gouvernement indifférent. Celui du 23 mars, où 80% des Français se déclarent favorables à une loi pour réglementer davantage le développement des antennes-relais, a dû lui chatouiller les oreilles. Les antennes-relais, pour ceux n’ayant encore jamais levé les yeux vers des points hauts –collines ou toits d’immeubles-, ce sont ces grands piquets métalliques flanqués d’une échelle, chargés de répandre la bonne parole hertzienne sur leurs ouailles réceptrices.
A preuve, voici dès ce mois d’avril, un « Grenelle des ondes » devant enfin permettre, a promis le ministre de la Santé, de « faire le point sur les connaissances scientifiques ainsi que sur les règlementations en vigueur ». Sciences et Avenir, qui a enquêté aussi objectivement que possible –propres mesures à l’appui – sur ce sujet hautement sensible des ondes électromagnétiques, ne peut affirmer qu’une chose : que voilà un ministre optimiste !
Oui, il est possible de faire le point sur la règlementation. De la puissance des antennes relais téléphoniques notamment. On aura détecté au passage qu’associations et opérateurs de téléphonie mobile ont beau jeu de s’envoyer des chiffres –en « volts par mètre » d’ailleurs incompréhensibles pour le commun des mortels- à la figure. Il serait temps que les amateurs de jargon baissent le voltage et s’efforcent de faire passer le courant entre eux, même si on ne s’attend pas à un coup de foudre associations/opérateurs. Si vous allez à la page 61, vous comprendrez mieux à quoi correspondent les chiffres bas des uns (l’exposition du corps aux ondes) et les chiffres hauts des autres (la puissance même des antennes)… On voue avoir du mal à admettre que pareille cacophonie ait pu s’installer ! Car le résultat est là : les citoyens s’angoissent, les tribunaux ordonnent des démantèlements d’antennes, les opérateurs crient u manque d’Etat, et l’Etat a besoin d’un Grenelle pour, au moins, se remonter le moral si ce n’est se refaire un brin de moralité après avoir été quelque peu aux abonnés absents.
En revanche, on souhaite bien de la patience à ceux qui s’engageront à « faire le point sur les connaissances scientifiques ». En un mot comme en cent, tout le problème aujourd’hui réside dans le manque de données fiables, en assez grand nombre. Autrement dit, pas assez d’études, accomplies avec une méthode sans reproche. Sciences et Avenir s’est efforcé de rappeler les expériences dont les résultats ont inquiété ces dernières années, et que d’autres scientifiques trouvent difficiles à reproduire ! A l’heure qu’il est, la question n’est plus de jeter l’opprobre sur des spécialistes qui n’auraient pas bien conduit leurs mesures. Ni de répéter en boucle qu’il n’y a pas de problème –telle l’Académie de médecine qui souligne l’absence de risque des antennes relais.
Disons-le tout net, pareille attitude est dépassée, le soupçon a gagné.
La question est aujourd’hui de clairement identifier les manques et de disposer de crédits pour lancer (poursuivre) les études nécessaires. Archétype de l’échec ? La fameuse étude Interphone qui, tel le furet de la chanson, aurait dû passer par ici (et à telle date), repasser par là (à telle autre date) mais que personne n’a encore vue. Trop de biais méthodologiques, disent les spécialistes. Pendant ce temps, le grand public commence à gober les remèdes miracles types patches antiondes. D’ici que le gouvernement ne vire électrosensible…
